REMONTER

FREDERIC BEIGBEDER

Vous avez fêté vos 10 ans le 21 septembre 1975, à quoi ressemble le petit garçon de l’époque ?

Je ne ressemble à rien, j’ai les oreilles décollées, des lunettes, pas encore de bagues sur les dents mais ça ne va pas tarder, et je porte un sac US.
Comment se passe l’école ?
J’ai toujours fait le minimum pour passer en classe supérieure. J’aimais bien faire le clown pour faire marrer les copains, mais avec beaucoup de lâcheté : je n’ai jamais été suffisamment loin pour me faire virer de la classe ! Je transformais ma timidité en excentricité.

Avez-vous gardé le souvenir d’un enseignant ?

Je me souviens du directeur de l’école. J’étais à l’école Bossuet, une école de curés et le directeur, très sévère, avait le crâne rasé, ce qui était très rare à l’époque et nous impressionnait.
Une matière préférée ?
Je me suis assez vite aperçu que j’étais meilleur en lettres. J’étais nul dans les matières scientifiques, contrairement à mon frère. Moi je préférais lire et écrire. C’est d’ailleurs à cet âge que j’ai commencé à écrire mon journal intime, ça coïncide à peu près avec le divorce de mes parents. Au début, je notais ce que je mangeais. Je collais aussi tous les autocollants que je trouvais. Malheureusement pour la bibliothèque de la Pléiade qui me les réclamera sans doute bientôt, j’ai perdus ces cahiers…

Comment occupiez-vous votre temps libre ?

Je faisais du tennis et je lisais des bandes-dessinées : Lucky Luke, Astérix, Tintin, Pif gadget. Progressivement je me suis mis à lire de la SF puis des polars et des romans sérieux.
Aviez-vous une idée de ce que vous vouliez faire plus tard ?
Je ne sais plus, mais je faisais déjà du journalisme : des petits journaux, que je reliais moi-même, un peu comme le format du 64 Mômes. Je les vendais à ma mère pour une pièce de 5 francs et elle faisait semblant de ne pas voir que je l’escroquais ! J’étais aussi déjà plagiaire puisque je recopiais des choses trouvées ça et là en prétendant que c’était de moi. Mais j’ai arrêté !

Plutôt billes ou filles ?

Les billes, le foot dans la cour de récréation, mais aussi la musique, j’écoutais beaucoup de 45 tours. J’étais fan de Joe Dassin, Mike Brant et j’avais tous les 45 tours de ma mère : les Beatles, Mungo Jerry, The Lovin’ Spoonful, que des disques cultes. J’avais une culture musicale anglo-saxonne assez branchée, grâce à ma mère.
Je n’aimais pas les jeux de société, j’adorais rester dans mon coin, écouter de la musique et lire. Je n’ai pas changé d’ailleurs !

Quels sont les livres qui vous ont marqué ?

La SF assez tôt. La Guerre des étoiles de Georges Lucas est sorti dans ces années-là et moi j’avais une passion pour ces vaisseaux spatiaux, l’univers immense, les peuples d’autres planètes…  Donc j’ai commencé à lire pas mal de choses. Mon père m’a conseillé La Nuit des temps de Barjavel et par la suite j’ai lu tous les Barjavel. Il y avait une collection pour enfants qui s’appelait « Mille soleils » et dans laquelle j’ai lu La Guerre des mondes, Docteur Jekyll et mister Hyde, Les Chroniques martiennes de Bradbury, etc. Beaucoup de classiques dont les couvertures étaient illustrées par Bilal. Je les ai presque tous lu.
Curieusement j’ai complètement arrêté aujourd’hui, ça m’ennuie, je ne comprends plus rien. Je ne lis plus beaucoup de policiers non plus. A 13-14 ans, je les lisais principalement pour les scènes de sexe !
Ce n’est que beaucoup plus tard que je suis revenus aux classiques de la littérature, quand j’étais petit ça m’ennuyais, je préférais les histoires de fusées.
En 1979 vous avez 13 ans et vous participez à une émission de télé, Temps X, vous en avez gardé un souvenir ?
Les frères Bogdanov étaient des copains de mon père et venaient souvent déjeuner ou dîner le week-end. Un des deux m’a vu en train de lire de la science-fiction et comme ils préparaient lapremière de l’émission il m’a proposé d’y participer. C’était en direct et j’étais très intimidé, sérieux. Mes copains à l’école soit me détestaient soit m’admiraient après ça !

Y-a-t-il un moment de votre enfance qui est resté gravé ?

J’ai fait Un Roman français pour répondre à cette question. Pour ce livre je suis parti de quelques images qui me restaient, l’une d’entre elles étant sans doute mon premier souvenir : avec mon grand-père sur la plage de Cenitz, on fait des ricochets à marée basse. Quand on l’analyse aujourd’hui, c’est sans doute parce que c’est un village avec une forte charge émotionnelle, personnelle, c’est là où mes parents se sont connus, mariés, où mes grands-parents sont enterrés…

Vous avez passé toute votre enfance ici ?

J’étais un Parisien qui venait à Guéthary tous les étés et pour Noël, en famille.
Une couleur  pour définir votre enfance ?
Le bleu, celui du ciel, de l’océan, des yeux de ma mère.

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