REMONTER

SOPHIE FORTE

Vous aviez 10 ans en 1974, à quoi ressemble la petite fille de l’époque ?

En 74, j’avais dix ans, et je vivais à Lyon, dans le merveilleux quartier de la croix Rousse. Fille unique, je recherchais l’amitié de mes petites copines, et je passais mon temps chez les unes et les autres. J’étais une petite fille chétive et minuscule, avec de grandes dents et des lunettes…

10 ans c’est le CM2, comment ça se passe a l’école?

J’ai toujours adoré l’école, surtout pour le contact avec les autres. Nous étions élèves au Sacrée Coeur des Chartreux, école privée et religieuse, dans un ancien couvent. Nous vivions avec les soeurs, certaines nous faisaient la classe. J’étais plutôt bonne élève, mais sans plus. J’adorais surtout le français.

Faisiez vous rire déjà vos camarades en classe ?

Oui, je faisais déjà rire tout le monde, les copines, et même parfois les profs! J’avais bien compris que c’était un des moyens les plus efficaces pour me faire accepter et aimer. Je me souviens de récréations où je chantais « La bonne du curée », d’Annie Cordy, devant un parterre d’élèves hilares, et ça me valait à chaque fois quelques heures de colle. Ou bien je faisais le clown derrière le curé pendant la messe, car j’étais enfant de choeur…

 Avez vous le souvenir d’une maitresse ou maitre

Ma première maitresse, au Sacrée Coeur, c’était Mademoiselle Huguet. Elle était la caricature même de la vieille fille maitresse d’école. La quarantaine, de grosses lunettes, pas très jolie, et toujours habillée en gris avec de gros bas et des jupes en laine sous les genoux. Elle était très gentille, et on la menait un peu par le bout du nez. J’ai été très marquée aussi par Madame Masson, quelques années plus tard, prof d’anglais. Elle nous faisait écouter les Beattles, et j’ai tout de suite adoré cette langue. J’ai toujours été la meilleure en anglais, et c’est amusant car je vis aujourd’hui avec un homme anglophone, nous parlons anglais à la maison, et nos enfants sont bilingues.

J’étais souvent seule à la maison, car mes parents travaillaient beaucoup. Alors j’ai développé mon imaginaire. J’écrivais énormément, des histoires à la « Petit Nicolas », j’inventais des petites pièces que je faisait jouer à mes copines dans le jardin, j’avais inventé un clan dont j’étais le chef, je déguisait tout le monde et on tournait de petits films avec la caméra super huit de mon père. Ma maman créait des robes de mariées, et elle ramenait tout le temps à la maison des tissus merveilleux idéaux pour mes déguisements.
J’ai aussi toujours adoré dessiner (j’ai d’ailleurs fait une école de dessin après le bac), et je passais des heures à quatre pattes dans ma chambre avec mes feutres et mes gouaches. Plus tard, j’ai découvert l’aquarelle, car papa était artiste peintre.

Vous vouliez faire quoi plus tard ?

Plus tard, je voulais être auteure. J’ai toujours su que je voulais écrire. Et puis il y avait aussi la comédie, et le dessin, mais en second plan. Je crois que je pourrais vivre sans jouer ni dessiner, mais pas sans écrire.

Comment se fait votre éveil musical ?

Mon éveil musical, c’était avec les trente trois tours de mes parents: Trenet, Piaf, Brel, Brassens, l’orchestre de Franck Pourcel… Et puis on a eu la télé, et j’ai découvert la variété, Sheila, Sylvie Vartan, Bardot. Je les imitais devant l’écran, avec une bouteille en plastique en guise de micro. Je refaisais les chorégraphies dans ma chambre. Après j’ai découvert les Beattles, mes idoles, les Doors, le Stones. Et puis j’ai eu ma grande période Pink Floyd, Yes, Génésis, tout les trucs planant. Mais ce sont surtout les chansons de Gainsbourg et Boris Vian qui m’ont donné envie d’en écrire.

Avez vous un souvenir d’un humoriste particulier à cet age ?

J’adorais les sketchs de Devos, même si à sept ans je ne comprenais pas tout, et surtout Roger Pierre et Jean Marc Thibaud. Ma maman m’a emmené pour la première fois au théâtre des Célestins voir Devos, et j’ai eu une vraie révélation. Je m’imaginais sur cette scène, et le rêve ne m’a plus quitté. Curieusement, je fais des tournées dans toute la France depuis vingt ans, j’ai souvent joué à Lyon, mais jamais dans ce théâtre. Ma maman est morte, et je regrette qu’elle ne soit jamais venue me voir jouer aux Célestins.

Aviez vous la télé ?

Nous avons eu la télé l’année où le premier homme a marché sur la lune. On a retransmis cet exploit dans la nuit, et je me souviens que mes parents m’ont réveillé à quatre heures du matin pour voir ces drôles de bonhomme Michelin marcher entre les cratères…

Quelles étaient vos lectures ?

Mes lectures, c’était avant tout « le journal de Mickey », « Pif gadjet », et « Tintin ». Je me prenais pour lui et passais mon temps à mes déguiser avec le pantalon de golf et la mèche. J’avais demandé à maman de m’acheter une peluche de Milou que j’emmenais partout. J’adorais aussi « le petit Nicolas ». Je les ai lu et relu sans jamais m’en lasser.

Y-a-t-il un moment de votre enfance qui est resté gravé ?

Un moment de mon enfance qui est resté gravé: Nous avions une maison dans le midi, au bord de la mer, près de Hyères. Nous partions dans la Taunus de papa, toute astiquée et brillante pour l’occasion, et nous roulions pendant des heures sur la nationale sept. A la sortie de Hyères, nous prenions une petite route, et au bout, il y avait la mer! J’attendais ce moment avec impatience, lorsque la voiture tournait à gauche et que la mer nous apparaissait enfin. Je hurlais de joie à chaque fois, et sautais sur la banquette arrière comme un Marsupilami!

Quelle est l’image qui te reste de tes dix ans ?

L’image qui me reste de mes dix ans, c’est une petite fille malingre, sur une plage, avec un immense sourire et une pelle à la main.

Une couleur pour définir votre enfance ?

Le bleu, le bleu de la mer, mes plus beaux souvenirs…

64MÔMES

GRATUIT
VOIR